Le directeur informatique et son inféodé



Le directeur informatique et son inféodé
Le directeur informatique et son inféodé.

1989. Une ville du Pas-de-Calais. Une rencontre programmée une semaine plus tôt. Trois "collègues" : derrière son bureau, dans le grand fauteuil de cuir noir, le directeur informatique, 44 ans ; devant lui, sur les chaises, le chef de projet (K), 43 ans, à sa droite un analyste programmeur, 21 ans.
Jusqu'à ce jour la direction se déclare satisfaite du travail fourni, durant deux contrats à durée déterminée consécutifs, par le jeune candidat à un poste fixe, exempté du service national grâce à un procédé répudié des deux autres (simuler la déraison).
Le directeur informatique : c'est moi qui décide de votre embauche, j'ai carte blanche. Si vous vous coupez les cheveux, vous présentez en tenue décente, je vous propose...
L'analyste programmeur : c'est moins que maintenant !
- La même chose, actuellement vous touchez 10% de précarité, c'est la totalité ramenée sur 14,16 mois.
- Vous auriez pu faire un effort.
- Dans deux ans avec le marché commun, des analystes program-meurs Belges viendront travailler en France pour beaucoup moins que cela. De toute manière c'est à prendre ou à laisser. Mais si vous ne vous coupez pas les cheveux c'est moi qui ne signe pas.
- C'est de l'ostracisme, de l'abus de pouvoir, vous n'avez pas le droit de prendre vos critères pour définir une embauche.
- Prouvez-le. On est trois ici. Et K dira ce que je lui dirai de dire. Soit vous promettez de vous couper les cheveux soit vous sortez.
Céder, signer, et devenir comme eux ? Partir ? Encore trop jeune ! A quoi bon discuter. On n'affronte pas un mur, on le contourne.
- Je les ai déjà coupés un peu et cet été ils seront courts.
- Vous avez noté K.
K s'exécutait, à la date du jour de son almanach qualité supérieure, et rappellerait souvent à son spécialiste de la programmation structurée cette promesse. Face à l'abus de pouvoir le mensonge est légitime ! Dans ce monde-là il faut souvent savoir biaiser.
Après l'été, lors des apéritifs du vendredi midi, le directeur informatique revenait aussi à la charge. Tentatives d'agressions verbales. L'accusé se contentait d'un sourire, "si vous affirmez que je l'ai dit, c'est que je l'ai dit". Plutôt désarmer par l'ironie que livrer un inutile combat. Le contrat était signé ! Puis les attaques cessèrent, l'assaillant ayant réalisé qu'il avait triché mais perdu et il augmenterait même l'impertinent pour "objectifs atteints". Officiellement il pariait alors sur le temps pour voir cet excellent élément rentrer dans le rang, suivre sa route.

Depuis le directeur informatique a gravi de nouveaux échelons dans la hiérarchie du groupe, il a quitté le trop petit établissement du Pas-de-Calais. Applique-t-il toujours les mêmes méthodes ? Est-il toujours aussi actif ? Nul n'est ainsi sans blessures à cacher. Une fuite en avant, courir, toujours courir, avec le secret espoir d'en finir sans avoir été rattrapé par le passé rejeté.
Le chef de projet attend la retraite !, il a mauvaise réputation ; il ose profiter de sa rente !, et se la coule douce ; fayoter pour chaque année obtenir une augmentation l'a conduit en deux décennies à un salaire inespéré. Il se sait protégé : la convention collective lui octroierait trois ans de salaire en cas de licenciement. Peut-être qu'à la retraite il s'exprimera vraiment... ou regrettera ces années abandonnées, pour du fric, rien que pour du fric, à un patron.
Quant à l'analyste programmeur, promesse d'adolescent chevelu tenue, il a quitté l'informatique...



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