Le président fatigué



Le président fatigué
Le président fatigué

J'ai eu ce que je voulais. Mais je m'ennuie. Si seulement j'savais écrire, hop à la retraite, place aux jeunes !, et dans un petit coin de Corrèze, là où je n'ai pas bétonné, j'attaque mes mémoires, quinze tomes au moins. Ça se vendrait comme des petits pains chez les militants. Mais non, j'sais pas faire, moi c'était courir les meetings, serrer des mains, faire des promesses. Et pour tout ça, j'ai passé l'âge.

Le fils spirituel

Pas un extrémiste. Oh ça non ! D'une droite modérée, humaine, presque humaniste ! Les débats, les grandes envolées lyriques, pas son genre, monsieur croit plus à l'entregent. Aux relations. Quand certains se clamaient rénovateurs, scribouillard rassurait les caciques, avec le bon sophisme qu'il était inutile de toucher aux moeurs éprouvées héritées des anciens. Jeune et déjà vieux. Forcément monsieur a flirté avec tous les ténors, même épisodiques, de la droite. Chaque cheval pouvait être le bon ! Girouette ? Non, c'est le vent qui tourne...
Il s'est quand même cru perdu, après tant de canassons enjambés. Après tant de trahisons. Alors, dans un ultime va-tout désespéré, monsieur le député misa sur un vieux bourriquot, classé tocard par les sondages. Et ce fut la victoire ! Récompense : un maroquin.
Il sera donc ministre, gestionnaire, petit bureaucrate pointilleux. Attentif : surtout ne pas gaffer. Il n'aurait sûrement pas une seconde chance. Son sommet ? Qui sait !

Le pouvoir est fatigué en cette fin de second septennat. L'Etat et le pays en symbiose : la France a pris un coup de vieux ; les baby- boomers sexagénaires, le président ventripotent, aigri, "je ne serai pas héros", voudrait le calme ou l'éclat. Et c'est les insipides soucis quotidiens : son Premier ministre réussit à pulvériser l'impopularité du premier de son premier mandat ! Alors, un matin, après la causerie aux canards, pour s'amuser un peu il annote la côte des ministres, et tranche : j'élève le moins antipathique. Non pas lui quand même, les boeufs l'adorent mais je n'en peux plus, ses mimiques à la Sabatier, qui se souvient de ça ! Et lui !, ah bel-ami, va pour mister lèche-cul. Ils auront ce qu'ils méritent. Et notre cher magouilleur choiera si bien les retraités que deux ans plus tard... il rentre à l'Elysée.
Mais rapidement tout va trop vite. Son ancienne attachée parlementaire actualise un vieux dossier testé en 1986, et les étudiants envahissent les rues. Mais l'extrême-droite infiltre le mouvement et les manifestations dégénèrent : cinq morts, sept le lendemain puis douze, vingt. La guerre civile. Les sondages réclament le retour de l'ordre. Les combats se propagent en province. Les sondages réclament des législatives anticipées. Va pour des élections ! Comme en 1968 pronostique son entourage.
La coalition gouvernementale, en nette régression, pointe néanmoins en tête, 42 %, la mouvance Socialiste suit à 31, les néo-fascistes à 19, les communistes plafonnent à 5. Les néo-fascistes plastronnent et réclament des postes, le président se déclare intransigeant. Ce deuxième gouvernement, sans majorité, tiendra quatre mois. Retour aux urnes : 40, 36, 12, 8. Les néo-fascistes, dont les bandes armées sèment la terreur, sont en chute libre. Le président en est persuadé : il trouvera là sa stabilité ! Surtout pas la gauche. Même les "enfants de Jacques". "La politique c'est d'un côté la droite, de l'autre la gauche". Donc : avec quelques strapontins récupérer les "néo-fascistes". Il croit à cette politique de la récupération par la République des brebis galeuses. Surtout que les "néo"-fascistes, conciliants, acceptent les seconds rôles.
Quelques voix, même à droite, crient que l'histoire va se répéter si les loups entrent dans la bergerie. Nous ne sommes pas en Allemagne, nous ne sommes plus au XXeme siècle...
Et pourtant, le président incompétent laissera les fanatiques transmuer le ministère de la "jeunesse et des sports" en organisation du conditionnement et de la propagande... Tout comme avec Adolf Hitler, l'ascension se fera "légalement", par la voie parlementaire...

Celui qui transigera, accordera une once de pouvoir à un fils spirituel d'Hitler sera un fils spirituel de Hindenburg, président du Reich en 1933. Hitler non plus n'a jamais gagné la moindre élection, il a profité de la pusillanimité, la médiocrité, les petits calculs des installés. Les fascistes ont toujours su utiliser les lois de la Démocratie pour la détruire.


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